Liaisons Sociales : Magazine .

Lundi 12 mai 2008 1 12 05 2008 13:37
 

Les patrons pestaient déjà contre le pouvoir des CE. Les voilà contraints de composer avec les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. La montée des risques psychosociaux les rend incontournables.

 

Un sigle imprononçable pour une instance sans intérêt... Dans les entreprises du tertiaire, les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ( CHSCT ) ont toujours fait ricaner les directions et baîller les organisations syndicales. « Dans les bureaux, à part avaler un trombone, on pensait qu'il n'y avait pas de risques pour les salariés. Mais, avec la dégradation des conditions de travail, on s'est rendu compte que ça n'était pas vrai », admet Jean-Michel Daire, délégué syndical CFDT chez IBM.

Déjà secouées par les pathologies liées à l'amiante, les troubles musculo-squelettiques et les cancers professionnels, les entreprises doivent désormais tenir compte, aussi, des risques psychosociaux. Harcèlement moral, excès de stress, suicides... Autant de sujets dont se saisissent les CHSCT, qui remettent en cause les organisations du travail, les objectifs et la pression sur les équipes. Au grand dam des dirigeants, qui préfèreraient cantonner les interventions des ces instances aux questions industrielles. « Dans nos centres de production, les conditions de sécurité sont tellement draconiennes que la direction fait tout pour que les instances fonctionnent. Mais, pour le personnel tertiaire, c'est une autre histoire. On est dans le rapport de force permanent », note Eric Barraud de Lagerie, secrétaire cédétiste du CCE de Novartis.

Tous secteurs confondus, les dirigeants voient d'un très mauvais oeil la montée en puissance des CHSCT, crées en 1982 par les lois Auroux. Déjà empêtrés dans d'interminables discussions à caractère économique avec les comités d'entreprise, les employeurs n'ont aucune envie d'en rajouter une couche. Des CHSCT, d'accord, à condition qu'on y parle de la qualité du papier toilette ou des méthodes de sevrage tabagique. Pas de l'organisation du travail ou des pratiques managériales ! « En CE, les directions sont sur leur terrain, celui de la stratégie ou de la finance. Mais pas en CHSCT. Elles sont beaucoup moins à l'aise quand il s'agit de discuter du travail réel », analyse Jean-Louis Vayssière, responsable de l'activité CHSCT cher Syndex ». « jusqu'à présent, les représentants du personnel n'avaient pas conscience de leur pouvoir sur les questions d'organisation du travail. Et les employeurs étaient bien contents qu'ils ne s'en préoccupent pas. Mais ça change », abonde l'avocat Pierre Bouaziz.

 

Des prérogatives XXL.

 

Ce juriste fait désormais figure de bête noire pour les patrons. Ils lui doivent la récente, et honnie, jurisprudence Mornay. Le 28 novembre, la Cour de cassation a ainsi confirmé que cette institution de prévoyance ne devait pas mettre en place des entretiens annuels d'évaluation sans recueillir, au préalable, l'avis du CHSCT. Au motif que ceux-ci « pouvaient avoir une incidence sur le comportement des salariés, leur évolution de carrière et leur rémunération, et que les modalités et les enjeux de l'entretien étaient manifestement de nature à générer une pression psychologique entraînant des répercussions sur les conditions de travail ». L'arrêt fait trembler les dirigeants et leurs avocats, qui s'inquiètent de voir les juges élargir sans cesse le champ des conditions de travail.

 

Au regard du droit, rares sont les projets qui échappent aujourd'hui aux prérogatives du CHSCT. Chargée, depuis la loi de modernisation sociale de janvier 2002, de contribuer à la sécurité et à la protection de la santé « physique et mentale » des salariés, l'instance doit être consulté « avant toute décision d'aménagement important modifiant les conditions d'hygiène et de sécurité ou des conditions de travail ». Dénonciation d'accords collectifs, mise en place de primes sur l'objectif, refonte des grilles de classification, projet de déménagement, modification des horaires de travail, évolution du système de restauration collective... L'employeur ne peut presque plus bouger le petit doigt sans référer aux gardiens des conditions de travail !

 

Et rien n'oblige ces derniers à se précipiter pour rendre leur avis. « En cas de projet important modifiant les conditions d'hygiène ou de sécurité ou les conditions de travail », le Code du travail les autorise à réclamer une expertise préalable, aux frais du patron. « A l'origine, certains juristes défendaient l'idée que l'expertise devait rester exceptionnelle, pour les cas où l'entreprise ne disposait pas des compétences internes suffisantes. Mais les tribunaux en ont décidé autrement. On est passé de l'expertise de dernier recours à l'expertise de droit, justifiée dès lors qu'un projet est important », explique François Cochet, patron d'Alpha Conseil, le leader du marché.

 

Contester l'expertise devant le juge devient périlleux. Bon nombre d'entreprise l'ont appris à leurs dépens. Comme le cabinet Right Management, qui s'est fait retoquer ses nouvelles classifications, introduisant des critères comportementaux. Ou Novartis, recalé sur deux projets visant à former à distance les visiteurs médicaux et à modifier ses répertoies de métiers. Ou enfin le centre d'appels Timing, qui a perdu dix-huit mois dans son projet de renégociation de ses accords collectifs. En cause, notamment, la réduction de deux secondes du délai entre deux appels téléphoniques pour les téléopérateurs. « Comme on ne peut pas jouer la santé des salariés à la roulette russe, les CHSCT sont en position de force. Le juge préfère, par précaution, faire perdre trois mois à l'entreprise en ordonnant une expertise plutôt que de prendre le moindre risque », remarque l'avocat Vincent Caron, responsable du département santé et sécurité au travail chez Fidal.

 

En cas de « risque grave » pour la santé des salariés, les CHSCT ont également toute latitude pour réclamer des expertises. A condition d'avoir des éléments solides. Une arme que les instances hésitent de moins en moins à utiliser. « A force de subir et d'accepter des contraintes pour garder leur emploi, les salariés craquent. Le problème existe depuis longtemps. Mais sans la vague de suicides chez Renault et PSA, on n'en parlerait pas », souligne le cégétiste Mohand Chekal, de Canon France. Mis en relief lors d'une expertise économique, les problèmes de souffrance au travail ont conduit, à l'automne 2006, six CHSCT de l'entreprise à voter des expertises. Cinq d'entre eux ont eu gain de cause devant les tribunaux. En mai 2006, le CHSCT de l'Intermaché de Rochefort-sur-Nenon, dans le Jura, a aussi obtenu le feu vert de la cour d'appel de Besançon. Les juges ont estimé recevable la demande de l'instance qui s'appuyait sur l'augmentation de l'absentéisme et des accidents du travail.

 

Les patrons qui ignorent les préconisations des experts et les recommandations de leur CHSCT peuvent le payer cher. « Passer outre s'avère de plus en plus délicat. Car il pèse désormais sur l'employeur une obligation de résultat en matière de santé et de sécurité », rappelle Vincent Caron. Et ce depuis les fameux arrêts « amiante » de février 2002. En cas de pépin grave, le patron négligent ne pourra pas feindre l'ignorance du risque, ou arguer de ses efforts pour l'éliminer. La faute inexcusable et la condamnation pénale lui pendent au nez. « Potentiellement, le CHSCT a plus de pouvoir que le CE. Il a les moyens de contraindre l'entreprise à modifier ou à annuler un projet. Pas seulement de le retarder », prévient l'avocat Samuel Gaillard. En février dernier, la Cour de cassation a ainsi confirmé la suspension d'un projet de Snecma Moteurs visant à modifier l'organisation du travail dans la centrale de production d'énergie de son usine de Gennevilliers. S'appuyant, notamment, sur l'expertise du CHSCT, les juges ont confirmé que la nouvelle organisation « était de nature à compromettre la santé et la sécurité des travailleurs concernés ». Pour les dirigeants, qui ne veulent pas s'exprimer sur le sujet, la pilule est amère. Contraints de payer des expertises, qu'ils jugent inutiles, et de s'en inspirer, ils se posent volontiers en victime de la réglementation française. A tort. « Les dirigeants dignes de ce nom ne lancent pas des projets qui touchent à l'organisation du travail sans réfléchir à leurs incidences sur la santé et les conditions de travail de leurs salariés. Sinon, ce sont des marchands de soupe », lance l'avocat Pierre Bouaziz. La prise de conscience est néanmoins très lente. Chasse aux temps morts, pression sur les objectifs, réduction des coûts, regroupements des sites... Les projets d'entreprise intègrent rarement le bien-être des collaborateurs. « Beaucoup de DRH n'ont toujours pas compris la différence entre l'emploi et le travail. La plupart des directions préfèrent rester dans l'ignorance ou le déni », constate Valérie Pérot, du cabinet Aepoct.

 

Passage en force.

 

Sur le terrain, la guérilla entre entreprises et CHSCT ne fait que commencer. Conscients du manque de formation de leurs élus, et leur inégale combativité, les syndicats cherchent encore à les faire monter en compétences et à y nommer davantage de cadors. Idem du côté des entreprises, qui multiplient les formations pour leurs présidents de CHSCT. Sans pour autant renoncer à passer en force. « Les pouvoirs de cette instance sont réels mais souvent potentiels. On voit encore énormément d'employeurs qui instrumentalisent les conditions de travail en faisant du chantage à l'emploi », assure Jean-Claude Delgenes, patron du cabinet Technologia.

Chez IBM, le tout récent déménagement des troupes de Noisy-le-Grand dans un bâtiment plus petit n'a donné lieu à aucune consultation. Le spécialiste du crédit Cetelem a, lui, fermé à l'automne ses 90 agences commerciales et regroupé les salariés sur sept plates-formes téléphoniques sans qu'aucun des neuf CHSCT ne fasse de la résistance. « Les instances ont laissé libre cours à la restructuration », dénonce le cédétiste Michel Cei. Le syndicaliste a, depuis, repris la tête de l'une d'elles et fait voter deux espertises pour risque grave portant sur les téléopérateurs et les commerciaux de l'activité « prêts automobiles ». Avec la ferme intention d'obliger son employeur à revenir dans les clous. Pour les experts et les avocats, le CHSCT pourrait bien devenir le nouveau fromage...

 

  • La cour de cassation a validé la suspension d'un projet de Snecma Moteurs, modifiant l'organisation du travail en s'appuyant sur l'expertise du CHSCT.

     

 

Un marché prometteur pour les experts.

 

 

Les patrons vont devoir s'y faire. Avec la montée en puissance des CHSCT, les voilà priés de sortir le chéquier et de régler des expertises non sollicitées. Pour obtenir l'agrément du ministère du Travail, les cabinets sont, certes, obligés d'indiquer leurs tarifs ( de 1200 à 1600 euros hors taxes la journée ). Mais rien n'interdit d'évaluer largement le volume de travail... Afin de réduire le périmètre de la mission, ou son coût, les entreprises doivent aller devant le juge. Et, sauf abus manifeste, payer les honoraires de l'avocat adverse.

 

L'ardoise peut s'avérer salée.

 

D'après nos informations, Canon France, qui n'a pas voulu nous répondre, a dû débourser près de 180 000 euros pour une expertise sur la souffrance au travail pour la seule région francilienne. Et plus de 400 000 euros, frais d'avocats inclus, pour ses cinq CHSCT. Chez France Télécom, pas de chiffres. Mais la seule réorganisation de ses plates-formes téléphoniques, en 2006, lui a valu des dizaines d'expertises auprès de ses 247 CHSCT.

 

En banquier prévoyant.

 

LCL tente de limiter les coûts de ses 62 CHSCT. Avant de lancer son vaste plan de réorganisation du réseau, la banque a signé, en juillet, un accord de méthode. Celui-ci prévoyait une expertise globale, encadrée par le CCE, d'un montant maximal de 110 000 euros. La mission a bien eu lieu, mais la note a presque triplé. Du côté des dirigeants, on soupconne les cabinets de financer en sous-main les syndicats. En pointant du doigt la proximité des quatre gros marché avec des centrales syndicales : Alpha Conseil et Emergences ( CGT ), Syndex ( CFDT ) et Technogia ( FO ). D'ou des tentatives patronales pour torpiller les expertises – le ministère du Travail en dénombre « quelques centaines » par an – en obtenant du législateur que toute mission fasse, à l'avenir, l'objet d'une « codécision » entre direction et CHSCT. Une demande jusqu'alors portée par... Denis Gautier-Sauvagnac et Dominique de Calan ! Leur éviction n'écarte pas pour autant le projet. Le Medef pourrait bien le reprendre à son compte, par exemple lors des prochaines discussions sur les conditions de travail promises par Xavier Bertrand.

Par Christian FAGET
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 05 2008 16:12
 

Des autocrates distants, incapables de valoriser leurs collaborateurs... Ainsi apparaissent les dirigeants français, bien moins appréciés par les salariés que les managers anglo - saxons.

 

Autoritaire, nombriliste, mauvais communicant et pas franchement intéressé par les aspects concrets de l'activité de ses collaborateurs. C'est le portrait peu flatteur du manager français qui se dégage des récentes enquêtes internationales. Toute la hiérarchie en prend pour son grade. Les cadres dirigeants comme les managers des niveaux intermédiaires ou de proximité. Les salariés interrogés, par TNS Sofres en 2007 sont, par exemple, deux fois moins nombreux en France qu'aux Etats-Unis à penser que leur direction est à leur écoute. Seulement 45% des Français estiment que leurs efforts sont reconnus, 37% qu'ils sont récompensés. Contre, respectivement, 75% et 70% des Américains. Les Français sont également moins nombreux à estimer que les circuits de décision de leur entreprise sont clairs.

Manque de concertation.

Le management à la française est indéniablement mis à l'index, car les salariés français employés par des sociétés étrangères se montrent plus satisfaits que leurs collègues de groupe hexagonaux de la rétribution des efforts et de la performance ( 48% de satisfaits contre 39% ), de la capacité d'écoute de la direction ( 42% contre 33% ) ou encore de la gestion des ressources humaines ( 53% contre 39% ). « Les baromètres que nous réalisons dans les groupes internationaux d'origine française révèlent que les salariés allemands ou englo-saxons sont très critiques à l'égard des modes de management hexagonaux. Ils sont de concertation et reprochent aux managers français de ne pas se soucier suffisamment du terrain », assure Muriel Humbertjean, directrice générale adjointe de TNS Sofres.

Les critiques visent d'abord la tête de l'entreprise. « Les cadres dirigeants priviligient le relationnel, l'affectif et les origines sociales aux résultats pour décider des promotions ou des augmentations de salaire, dénonce un manager d'un constructeur automobile français. Le plus souvent, ce sont les courtisans qui sont récompensés ou les cadres appartenant au clan dirigeant. » Un consultant membre d'un grand cabinet de management et organisation américain estime que la distance psychologique entre le top management et les salariés est plus grande en France qu'ailleurs. « Les cadres dirigeants français ne savent pas écouter, précise-t-il. La plupart d'entre eux ont le sentiment d'être payés pour savoir. Ils font partie d'une caste qui progresse en s'éloigant du terrain. » Une analyse confirmée par John Leary, consultant à la Cegos »: « Ils réféchissent seuls et pensent ne pas avoir le droit à l'erreur, alors qu'aux Etats-Unis les managers cherchent à impliquer le maximum de monde dans la recherche de solutions. »

 

Une étude sur le leadership des dirigeants menée fin 2005 pour le cabinet Developpement Dimensions Internationale ( DDI ) illustre ce point de vue. Après avoir interrogé des dirigeants d'entreprise en France, au Royaume-Uni et en Allemagne sur leur vision du métier et leurs méthodes de travail, les consultants discernent trois modèles différents de leadership : auto-cratique en France, méritoire en Grande-Bratagne et démocratique en Allemegne... « En France, les dirigeants interrogés mettent en avant la liberté dont ils bénéficient pour prendre des décisions et choisir leur équipe, explique Philippe Cavat, directeur général de DDI France. Quand les managers britaniques évoquent plus volontiers leur participation au développement des collaborateurs qui ont du talent ou leur capacité d'influence. »

 

DRH du groupe Legris Industries, Bénédicte Peronin connaît bien le leadership à l'anglo-saxonne. Avant de rejoindre le groupe Breton, elle a travaillé pour Apple, Novell et Equant, le spécialiste britannique des télécommunications racheté par France Télécom. Peu de temps après l'intégration de ce dernier dans Orange, elle a choisi de démissionner. « La culture managériale française avait pris le dessus, explique-t-elle. J'étais installée à l'étage du comité directeur. Ses membres sortaient rarement de leur bureau et se prenaient très au sérieux. Après des années empreintes de culture américaine où nous partagions une aventure avec les collaborateurs, je n'ai pas supporté. »

 

Culte du chef.

Mais les carences sont tout aussi visibles chez les managers de proximité. « Contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, il n'y a pas de contractualisation dans la relation entre encadrant et collaborateur en France. Les objectifs ne sont pas clairs et le feed back est souvent inexistant. Nous sommes dans une culture de l'implicite », note Annick Allègret, responsable du département RH de la Cegos. Dans l'étude BPI-BVA publiée en décembre 2007, les enquêteurs se sont intéressés à l'évaluation des managers par leurs collaborateurs, dans plusieurs pays européens, aux Etats-Unis et au Maroc. En tête partout, les cadres américains enregistrent un taux de satisfaction supérieur à celui des français de 15 à 25 points, sur tous les aspects examinés. Pis pour notre orgueil national, les managers français receuillent les plus mauvaises notes sur sept des huit questions posées. Ainsi, ils organisent le travail, informent ou soutiennent moins leurs salariés que les autres.

 

Un résultat que Brice Mallié, le coordinateur français de l'enquête, attribue à leur mode de formation. « Le système éducatif français est conçu pour faire émerger une élite, affirme-t-il. Mais, du coup, il engendre chez les élèves un fort individualisme et des difficultés à travailler en groupe. » Xavier Randretsa, responsable de l'université interne de Faurecia, reconnaît la difficulté d'éradiquer ce particularisme. « En France, nous avons le culte du chef qui sait tout. La culture de l'ingénieur prédomine. Les cadres sont trop souvent choisis pour leur connaissance du métier. Ils sont plus à l'aise devant un problème technique que face à un souci relationnel ou managérial. » A contrario, la fonction managériale prend toute son importance dans la culture anglo-saxonne. « Les dirigeants américains sont très directifs, mais ils font attention au comment, à la façon dont il se comportent devant leurs collaborateurs. Ils ne veulent pas vexer les gens mais cela ne les empêche pas de faire connaître leur opinion », remarque Xavier Molinié, DRH de Dell France et Europe du Sud.

 

Tenir compte des valeurs.

 

Pour autant, le management à la française évolue doucement. « Les assessment centers sont de plus en plus utilisés par les entreprises françaises », souligne Aine O'Donnell, responsable du centre d'expertise managériale d'Entreprise § Personnel. Or l'apparition d'outils devance la plupart du temps l'évolution culturelle et managériale. Mais celle-ci ne survient jamais par hasard. Chez Legris Industries, Bénédicte Peronnin a modifié les critères d'évaluation et de promotion des cadres pour tenir compte des valeurs de l'entreprise. « Nous investissons énormément dans la formation de l'ensemble des salariés à l'entretien annuel d'évaluation », note Bénédicte Peronnin. Mais la DRH refuse d'appliquer aveuglément les recettes anglo-saxonnes. « Par exemple, je n'ai jamais vu l'intérêt du ranking [ classement ], indique-t-elle. Le dispositif plaît aux analystes financiers, mais il met une pression inutile sur les équipes. » Même critiqué, le management français veut sauver son âme.

 

Organisations, information, soutien :

 

Les managers français sont mal notés.

  • 40% des salariés français estiment que leur direction est à l'écoute, contre,

     

  • 49% des salariés européens et,

     

  • 73% des salariés américains.

     

  • ( Source : TNS Sofres ).

 

Votre responsable hiérarchique direct :

 

Vous aide à progresser dans votre travail ( en % ) :

 

  • Etats-Unis : 76%.

     

  • Royaume-Uni : 67%.

  •  

  • Allemagne : 60%.

     

  • France : 19%.

 

Vous appuie pour une augmentation :

 

  • Etats-Unis : 62%.

     

  • Royaume-Uni : 44%.

  •  

  • Allemagne : 40%.

  •  

  • France : 34%.

 

La peur des Français est d'être traités comme des larbins.

 

Philippe d'Irbarne, directeur de recherche au CNRS. Ingénieur polytechnicien et diplômé de l'IEP de Paris, il a publié en 1989, la Logique de l'honneur et, en 2006, l'Etrangeté française.

 

Comment se comporte le cadre français par rapport au manager anglo - saxon ?

 

Contrairement au manager américain, le français ne fixe pas d'objectifs trop précis à ses collaborateurs, car cela serait ressenti comme une remise en cause de la cannaissance qu'ils ont de leur métier. Il laisse beaucoup d'autonomie dans l'organisation, ce qui peut aussi engendrer un risque d'arbitraire. Un subordonné peut être jugé sur ume notion aussi floue que celle de « bien faire son travail ».

 

Comment s'expliquent ces différences ?

 

Elles sont liés à la façon de vivre ensemble dans chaque pays. Aux Etats-Unis, le citoyen a peur de voir autrui décider de son destin à sa place. C'est pourquoi la notion de contrat est rès forte. Un salarié n'est soumis qu'aux obligations auxqu'elles il a explicitement consenti, qu'elles découlent de son contrat de travail ou de ses objectifs. En France, la peur fondatrice est plutôt d'être traité comme un larbin, ce qui complique les rapports avec la hiérarchie ou le client.

 

Est - on plus autoritaire en France ?

 

Le cadre français décide mais vérifie peu comment sont appliquées ses décisions. Il n'est guère à l'écoute et valorise peu ses collaborateurs. Cette situation, qui produit souvent un mélange de rancoeur et de frustration, n'est pas incompatible avec un bon niveau d'efficacité, car les salariés ont le sens de « l'honneur du métier ». Cette notion signifie que l'on est fier de son produit, de son métier, de son entreprise, ce qui incite à faire de son mieux dans son coin, même quand on à piètre idée du management.

 

Les méthodes anglo - saxonnes introduites en France n'ont - elles pas fait évoluer les choses ?

 

Les groupes français sont très férus de management anglo-saxon. Mais qu'il s'agisse des manières de décider, d'évaluer la contribution de chacun ou de gérer les rapports avec les clients, ils mettent peu en pratique ce qu'ils prétendent faire. Plutôt que de singer un mode de management qui a ses limites, à savoir la difficulté à définir des objectifs précis sans être caricaturaux, il vaudrait mieux tirer un meilleur parti de nos potentialités.

Par Christian FAGET
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