* La négociation interprofessionnelle sur le stress au travail, qui doit transcrire en droit français l'accord européen de 2004, a débuté le 7 avril.
* La CFDT souhaite que la responsabilité de l'organisation et des conditions de travail sur le stress soit clairement affirmée.
Initialement incluse dans la négociation sur la pénébilité, la négociation sur le stress au travail en a été dissocié en septembre 2007. Heureusement, en définitive, quand on voit l'échec de cette négociation !
Rappelons que la négociation sur le stress au travail découle de la signature par la Confédération Européenne des Syndicats ( C - E - S ) et les trois organisations patronales européennes de l'accord sur le stress au travail le 8 octobre 2004.
La négociation qui s'ouvre doit servir à la transcription de cet accord dans le droit français.
Il faut noter qu'il aurait dû normalement être transcrit avant le 8 octobre 2007 : une fois de plus on mesure l'engouement du patronat français pour ce sujet. Une fois de plus, nous sommes dans les derniers de la classe Europe.
Un coût social et économique
La Commission européenne avait insisté sur le coût économique et social du stress en s'appuyant sur des études de l'institut de Bilbao ( Institut de recherche sur la santé au travail ) qui évaluent à plusieurs milliards d'euros chaque année les conséquences du stress au travail. Au niveau européen, les partenaires sociaux avaient inscrit dans leur programme de travail 2003 - 2005, la question du stress au travail.
Négocier pour transcrire l'accord européen dans le droit français
C'est en mai 2004 que les partenaires sociaux au niveau européen ont conclu cet accord.
Au début de la négociation, les positions étaient à la fois dans l'affirmation de volonté de négocier un accord et éloignées dans la conception du stress et du contenu d'un accord.
Extrait de l'introduction de l'accord européen : « La lutte contre le stress au travail peut entraîner une plus grande efficacité et une amélioration de la santé et de la sécurité au travail, avec les bénéfices économiques et sociaux qui en découlent pour les entreprises, les travailleurs et la société dans son ensemble. Il importe de tenir compte de la diversité des travailleurs dans la lutte contre les problèmes de stress au travail ».
A l'époque, nous écrivions que cet accord européen était un accord important parce qu'il reconnaissait la dimension du stress liée à l'opacité des stratégies lorsqu'elles ne sont dictées que par des raisons financières et donc ne peuvent être communiquées aux travailleurs. Les employés en sont alors les victimes - ils sont stressées - et en même temps ils peuvent relayer ce stress sur leurs collègues. ( Voir ci – après, l'article : Le stress professionnel c'est quoi ? ).
Une approche collective du stress lié à l'organisation du travailleurs
Lors de la séance du 7 avril dernier, la CFDT s'est félécitée que, grâce à l'Europe, les partenaires sociaux se saisissent enfin de ce dossier en France.
L'ensemble des organisations syndicales a insisté sur l'approche collective du stress lié à l'organisation du travail.
La CFDT a exprimé sa volonté que l'accord français affiche une réelle volonté politique :
En mettant l'accent sur la responsabilité de l'organisation et des conditions de travail par rapport au stress ;
En engageant les branches à décliner l'accord pour une réelle effectivité dans les entreprises.
Elle a resitué la négociation de cet accord dans la perspective des autres négociations à venir concernant les conditions de travail qui devraient la prolonger :
Mise en place d'un nouveau droit d'alerte pour les risques liés à l'intensification ( TMS et risques psychosociaux ) ;
Nouvelles prérogatives des CHSCT et nouvelle formation de leurs membres ;
Dialogue social dans les TPE et les PME sur les conditions de travail.
Nous en sommes qu'au début de la négociation mais, de l'avis général, le patronat a semblé ne pas fermer les débats. Il a invité les organisations syndicales à transmettre leurs amendements sur
l'accord européen. Il est vrai que l'existence d'un texte européen facilite les échanges.
La prise en compte ou non des amendements des organisations syndicales par la partie patronale signera sa volonté d'avancer ou non dans les faits.
Deux autres réunions sont programmées les 4 juin et 2 juillet 2008.
Du stress à la souffrance psychologique
Le « stress professionnel » c'est quoi ?
Un terme flou derrière lequel se cache une réelle souffrance qui n'épargne aucune catégorie professionnelle, aucun milieu professionnel.
Cette expression, aujourd'hui à la mode, fait l'aubaine des entreprises qui n'hésitent pas à exploiter ce phénomène. Ce terme extrêmement flou permet des interprétations très diverses : certains parlent du bons stress, de son côté stimulant, d'autres de souffrances, harcèlement, surchage ... Le mot « stress » est moins chargé émotionnellement que l'expression souffrance psychologique au travail.
Et pourtant, c'est bien de souffrance au travail dont il s'agit et ses conséquences sont désastreuses sur la productivité, l'absentéisme, mais aussi sur la santé des salariés : hausse des taux de suicide, conduites addictives ( alcool, tabac ... ), maladies cardiovasculaires, dépressions ...
Cette pathologie n'épargne aucune catégorie professionnelle, aucun milieu professionnel.
Les conséquences sur l'organismes
Le mot stress est dérivé du latin « stringere », qui signifie serrer fortement.
D'après Kolbel ( 1995 ) : « c'est un état qui survient lorsqu'un individu est confronté à une demande qui dépasse ces capacités, réelles ou perçues, d'y répondre avec succès, ce qui entraîne une perturbation de son équilibre physiologique et psychologique ».
Pour l'Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail : « le stress survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face ».
Quelles sont les origines de ces situations stressantes et les pathologies développées ?
Plusieurs études mettent en lumière les situations de travail à risque :
Forte demande psychologique associée à un faible contrôle sur l'activité :
Risque cardio vasculaire,
Faible latitude décisionnelle et un faible soutien des collègues ou des supérieurs :
Risque de dépression, d'anxiété,
Mouvements répétitifs et soutenus, associés au manque de soutient social :
Risque de Troubles Musculo Squelettiques ( TMS ).
Comment combattre le stress ?
Une prévention efficace sur les effets du stress au travail passe par l'amélioration de l'organisation et des conditions de travail. Les salariés doivent avoir les moyens d'action sur leurs
propres conditions de travail.
La mise en place de certains dispositifs peut lutter contre le stress au travail :
Stimuler la résistance des salariés face au stress ;
Eviter que l'état de santé ne se détériore.
Ce sont soit des méthodes techniques de développement personnel ( de type relaxation, ou fondée sur la psychothérapie comportementale ), soit des formations spécifiques pour gérer les relations avec le public. Ces actions ont pour défaut de ne pas s'attaquer aux sources du problème et passent parfois par une certaine résignation acquise ou apprise de ces situations. D'ailleurs leurs effets bénéfiques, pourtant réels, ne se maintiennent pas dans le temps.
Le coût du stress au travail en Europe
Selon l'Agence européenne pour la sécurité et la santé dans l'ensemble des 15 Etats membres, le stress lié au travail coûterait :
20 milliards d'euros par an.
De plus, il serait à l'origine de 50 à 60% de l'ensemble des journées de travail perdues.
Le coût du stress au travail en France
Proportion de cas attribuables au stress d'origine professionnelle, dans la globalité des pathologies retenues pour l'étude ( maladies cardio - vasculaires, dépression, troubles musculo - squelettiques ).
Etude sur les coûts du stress au travail en France en 2000 ( Béjean, Sultan - Taïeb, Trontin, 2004 ).
Le coût social du stress au travail est compris entre 830 et 1656 millions d'euros, soit 10 à 20% des dépenses de la branche Accidents du travail / Maladies professionnelles de la Sécurité Sociale.
Coût estimé a minima des cas attribuables au stress d'origine professionnelle, pour les 3 types de pathologies retenues ( en millions d'euros )
|
Pathologies |
Maladies cardiovasculaires |
Dépressions |
Troubles musculo - squelettiques ( TMS ) |
|---|---|---|---|
|
Soins en santé |
56 , 8 |
236 , 0 |
1 , 1 |
|
Décés prématurés ( espérance de vie ) |
445 , 2 |
224 , 3 |
0 , 0 |
|
Total |
502 , 0 |
460 , 3 |
1 , 1 |
Total pour les 3 types de pathologies : 963 millions d'euros.
Le Syndrome Général d'Adaptation ( SGA )
L'organisme réagit en trois phases face à un stimulus stressant :
Phase 1 : Réaction d'alarme :
Des hormones sont libérées par l'organisme : les cathécholamines ( adrénaline à 80% et noradrénaline à 20% ) : elles augmentent la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle et provoquent une vasodilatation des vaisseaux des muscles. Ces modifications préparent l'organisme au « combat ou à la fuite ».
Phase 2 : Résistance :
Si la situation persiste, l'organisme entre en résistance et se prépare aux dépenses énergétiques pour répondre au stress. De nouvelles hormones, les glucocorticoïdes sont sécrétées : elles augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l'énergie nécessaire aux muscles, au coeur et au cerveau.
Phase 3 : Epuisement :
Si la situation est prolongée ou intensifiée, les capacités de l'organisme peuvent être débordées. L'organisme, s'épuise face à l'hyperstimulation, les récepteurs du système nerveux central deviennent moins sensibles aux glucocorticoïdes lesquels augmentent constamment dans la circulation. L'organisme est alors submergé d'hormones activatrices pouvant nuire à la santé.
Symptômes:
Quelles sont les conséquences sur la santé ?
Cette hyper activation entraîne en quelques semaines l'apparition de symptômes
Physiques : douleurs ( coliques, maux de tête, douleurs musculaires, articulaires, etc ... ), troubles du sommeil, de l'appétit et de la digestion, sensations d'essoufflement ou d'oppression, sueurs inhabituelles, etc.
Emotionnels : sensibilité et nervosité accrues, crises de larmes ou de nerfs, angoisse, excitation, tristesse, sensation de mal - être, etc.
Intellectuels : perturbation de la concentration nécessaire à la tâche entraînant des erreurs et des oublis, difficultés à prendre des initiatives ou des décisions, etc.
Comportementaux : modification des conduites alimentaires, comportements violents et agressifs, isolement social ( repli sur soi, difficultés à coopérer ), etc.
Répercussions :
Ces symptômes ont des répercussions comme :
Le recours à des produits calmants ou excitants ( café, tabac, alcool, somnifères, anxiolytiques, etc. ),
L'obésité abdominale, la résistance à l'insuline ( qui peut évoluer vers un diabète ), l'hypertension artérielle, des perturbations du métabolisme des lipides.
Lutter contre le stress au travail
Quelques exemples d'actions possibles :
Adapter le travail demandé aux capacités et aux ressources des salariés.
Organiser le travail pour le rendre stimulant et donner l'opportunité au personnel d'utiliser ses compétences.
Définir clairement les rôles et les responsabilités de chacun.
Donner la possibilité aux employés de participer aux décisions et aux actions de changement qui affecteront leur travail.
Améliorer les communications et réduire les incertitudes.
Permettre l'opportunité d'interactions sociales entre tous les acteurs de l'entreprise.